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Kospi, Nikkei, semi-conducteurs : la mécanique d'un krach par le levier

Depuis le sommet du 19 juin (9 385 points), le Kospi a perdu plus de 27 % -dont l'essentiel sur les quatre-cinq dernières séances : -5,4 % le 7 juillet, -6,0 % le 8, -9,0 % le 13, puis de nouveau environ -6,3 % ce vendredi 17, l'indice retombant autour de 6 820-6 830 points. Trois séances ont déclenché coupe-circuits et suspensions de trading programmé. Et malgré cela, le Kospi reste en hausse de l'ordre de 60 % depuis le début de l'année. L'un des krachs les plus violents de 2026 se déroule à l'intérieur de l'un de ses plus grands rallyes.

Ce vendredi, la nervosité a franchi le détroit de Corée : le Nikkei 225 a plongé de plus de 4 100 points en séance (-6,18 %), repassant sous les 63 000 points pour la première fois en un mois, avant de clôturer en repli d'environ 4,7 % à 63 674 points. Kioxia Holdings, Tokyo Electron, SoftBank Group et Advantest ont mené la baisse -les mêmes noms liés à la mémoire et à l'IA qui font chuter Séoul.

La mécanique du désendettement forcé

Ce qui rend cet épisode singulier, ce n'est pas tant l'ampleur de la baisse que sa mécanique. Le marché coréen a une particularité structurelle : une part importante des flux des particuliers passe par des achats à crédit de très court terme, remboursables sous deux jours. Faute de remboursement, le courtier liquide d'office la position le troisième jour, sur la base d'un prix de référence décoté jusqu'à 30 % par prudence -chaque vente forcée déverse donc mécaniquement plus de titres que nécessaire sur le marché.

Les chiffres de la Korea Financial Investment Association donnent la mesure du phénomène: environ 142 milliards de wons de liquidations forcées le seul 9 juillet, cinq fois le volume de la veille, et plus de 344 milliards en cumul sur le mois -avec un décalage de publication de deux jours, si bien que l'onde de choc du 13 et du 17 juillet n'y figure pas encore. Le signal le plus parlant vient d'ailleurs des autorités de marché elles-mêmes : la Bourse de Séoul a triplé le dépôt de garantie exigé pour trader les ETF à effet de levier sur Samsung et SK Hynix, après 24 suspensions d'urgence de cotation en neuf semaines.

On retrouve ici la boucle classique du deleveraging : la baisse déclenche des appels de marge, les appels de marge déclenchent des ventes forcées, les ventes forcées accentuent la baisse.


Un découplage réel, mais qui se resserre...

Le 13 juillet, pendant que le Kospi digérait son -9 %, le S&P 500 clôturait à un souffle de ses records. Ce grand écart initial illustrait un vrai changement structurel : historiquement bêta amplifié de Wall Street, le Kospi a cessé de se comporter comme un satellite du S&P 500.

Depuis, l'écart s'est resserré -dans le mauvais sens. La veille de la séance japonaise de ce vendredi, le S&P 500 a cédé 0,52 % et le Nasdaq 1,19 %, la technologie étant le secteur le plus faible du S&P avec un repli sectoriel des semi-conducteurs de 4,8 %, et ce malgré des résultats trimestriels solides chez Taiwan Semiconductor (+77 % de bénéfice annuel) -signe que même de bons résultats ne suffisent plus à rassurer un marché qui interroge la soutenabilité des dépenses d'investissement en IA des hyperscalers. L'ETF sectoriel iShares Semiconductor (SOXX) a perdu environ 13 % en quatre semaines, après avoir pourtant doublé depuis son point bas de février.

Le mouvement est donc désormais dans le même sens des deux côtés du Pacifique -mais l'ampleur reste sans commune mesure : quand la tech américaine recule de 0,5 à 5 % en une séance, ses homologues coréenne et japonaise en perdent 4 à 9 %. La corrélation directionnelle s'est resserrée ; l'effet de levier régional, lui, continue d'amplifier chaque mouvement.


…et un arrimage croissant aux semi-conducteurs

La raison de cet arrimage est d'abord arithmétique. Samsung Electronics et SK Hynix pèsent aujourd'hui près de 60 % de la capitalisation du Kospi, contre environ 40 % il y a deux ans. La flambée de la mémoire (DRAM, HBM) portée par l'infrastructure de l'IA a transformé un indice national diversifié en un quasi-ETF sectoriel sur les puces mémoire, coté en wons -et le Nikkei suit une trajectoire comparable via Kioxia, Tokyo Electron et Advantest.

Le Kospi et, désormais, le Nikkei ne respirent plus au rythme du S&P 500 en tant qu'indice large : ils respirent au rythme des indices de semi-conducteurs. Chaque secousse sur le SOX ou les ETF sectoriels américains se transmet quasi instantanément à Séoul et Tokyo, amplifiée par le levier retail.


Ce qu'il faut en retenir

Trois enseignements nous semblent dépasser le cas coréen ou japonais.

D'abord, le levier transforme une correction en cascade. Les fondamentaux n'ont pas changé dans des proportions justifiant -27 % en un mois ; c'est la structure de détention -concentrée, endettée, à horizon de deux jours -qui a fait la différence.

Ensuite, la diversification géographique n'est pas une diversification factorielle. Un portefeuille combinant Nasdaq, Kospi, Nikkei et Taïwan croit détenir quatre zones ; il détient en réalité une seule et même histoire -celle du cycle mémoire et de l'IA -avec des niveaux de levier différents. Le débat de fond, encore non tranché par le marché, est de savoir si l'on assiste à une prise de bénéfices saine après un rallye de plus de 100 % en cinq mois pour les semi-conducteurs, ou au début d'un doute plus profond sur la soutenabilité des dépenses d'infrastructure IA des hyperscalers.

Enfin, ces épisodes rappellent la valeur d'une allocation pensée en amont, avec des poches décorrélées et un dimensionnement des positions qui rend les appels de marge sans objet -une approche patrimoniale de long terme, à contre-courant de l'effet de levier de court terme qui vient de coûter si cher aux particuliers coréens.

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