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Synthèse Mensuelle - Mai 2026

Mai 2026 restera comme un mois pivot : le Brent recule de 19 % sur fond d'espoir d'un accord américano-iranien, les marchés d'actions clôturent sur une 9e semaine consécutive de hausse portée par l'IA, et la plus grande pipeline d'introductions en Bourse de l'histoire moderne se met en ordre de marche. Le S&P 500 finit le mois à 7 580 (record absolu) et le Nasdaq à 26 973 (+8 % sur le mois).

Chronologie du conflit US-Iran et impact pétrolier

La guerre entre les États-Unis et l'Iran, déclenchée en janvier 2026 après des frappes américaines sur les sites nucléaires iraniens, a constitué le choc géopolitique et énergétique dominant du premier semestre 2026. Le Détroit d'Ormuz -par lequel transitent environ 20 % des approvisionnements mondiaux en pétrole -est effectivement fermé depuis février, faisant monter le Brent jusqu'à 119 $/baril en mars. Mais mai 2026 marque un tournant potentiellement majeur.

 

Les progrès diplomatiques ont déclenché en mai le plus fort recul mensuel du pétrole depuis la pandémie de Covid-19 : le Brent a chuté d'environ 19 % sur le mois, passant des niveaux supérieurs à 110 $/baril début mai à 92,56 $/baril en clôture du 29 mai. Les WTI futures ont quant à eux reculé de 16,5 % sur la même période, terminant autour de 87-88 $/baril.


Les limites de l'optimisme

Les marchés ont réagi avec enthousiasme aux perspectives d'accord, mais les analystes appellent à la prudence. Bob Parker (International Capital Markets Association) souligne que même en cas de réouverture du Détroit, celle-ci ne serait que partielle dans un premier temps, compte tenu des dommages importants subis par les infrastructures régionales -raffineries, pipelines, terminaux -et des défis persistants pour la navigation des pétroliers. Son scénario central : un prix du Brent entre 90 et 100 $/baril pour au moins les deux prochains mois.

 

Le conflit a par ailleurs mis en lumière trois vulnérabilités structurelles pour l'économie mondiale : la dépendance de l'Asie (Chine, Inde, Corée du Sud, Japon -80 % du flux pétrolier d'Ormuz) aux approvisionnements du Golfe ; la fragilité du marché européen du gaz (LNG qatari) ; et l'asymétrie de l'impact géographique -les États-Unis, exportateurs nets d'énergie, sont bien moins exposés que l'Europe et le Japon à cette crise énergétique


Implications pour les portefeuilles

▸   Secteur énergie : la baisse de 19 % du Brent en mai réduit significativement le soutien aux titres pétroliers et gaziers européens. La rotation sectorielle de l'énergie vers la tech s'est accélérée.

▸   Inflation et banques centrales : un Brent stabilisé entre 85 et 100 $/baril réduit la pression sur l'inflation européenne, ouvrant potentiellement la voie à une politique monétaire moins restrictive de la BCE. L'inflation en zone euro atteint 3,0 % en glissement annuel en mai, portée par l'énergie, mais le core CPI recule à 2,2 %.

▸   Obligations européennes : la perspective d'un accord a fait baisser les taux longs en zone euro, soutenant la performance des OAT et des Bunds. Les obligations souveraines européennes ont affiché des performances positives en mai.

▸   Marchés émergents : un Brent plus bas réduit les pressions inflationnistes importées dans les pays émergents importateurs nets (Inde, Turquie, Corée), soutenant les spreads de dette émergente (+0,8 % en mai selon JPMorgan AM).

La Fed : attentisme prolongé, première baisse repoussée

La Réserve fédérale américaine maintient une posture d'attente (hold) depuis le début de 2026. Malgré un IPC en léger retrait, Jerome Powell a publiquement indiqué vouloir accumuler « plusieurs mois » de données favorables avant toute baisse de taux. Les marchés tablent désormais sur une première réduction -si elle intervient -en septembre ou novembre 2026 au plus tôt. Certains scénarios envisagent même un report à 2027.

 

Cette posture reflète deux tensions fondamentales. D'une part, l'économie américaine reste robuste : les créations d'emplois (NFP :  Non Farm Payrolls) continuent de surprendre à la hausse, les dépenses de consommation résistent, et les bénéfices des entreprises du S&P 500 progressent de 14,5 % en glissement annuel au T1 2026, avec 84 % des valeurs ayant dépassé le consensus. D'autre part, l'inflation importée via le pétrole et la pression salariale persistante empêchent la Fed de déclarer victoire.

 

En arrière-plan, la tentative du projet de loi H.R. 5396 d'imposer à la Fed un mandat unique de stabilité des prix (en remplacement du double mandat) et les pressions politiques récurrentes de l'exécutif sur Jerome Powell soulèvent des questions sur l'indépendance future de l'institution. La BCE a publié en janvier 2026 une déclaration de solidarité institutionnelle avec la Fed, cosignée par Christine Lagarde, soulignant l'importance de l'indépendance des banques centrales. La BCE : cap vers un nouveau resserrement en juin

La Banque centrale européenne a maintenu ses taux inchangés lors de sa réunion d'avril 2026, avec le taux de refinancement (MRO) à 2,15 % et la facilité de dépôt (DFR) à 2,0 %. La décision reflétait la prudence du Conseil des gouverneurs face à l'impact incertain du conflit au Moyen-Orient sur l'inflation et la croissance européenne. Christine Lagarde et Isabel Schnabel ont indiqué que la BCE « prendrait son temps » avant de décider d'un nouveau resserrement.

 

Cette prudence de façade masque une orientation plus restrictive. Fin mai, les marchés intègrent pleinement une hausse de 25 points de base lors de la réunion du 11 juin 2026, avec une deuxième hausse anticipée avant fin d'année. Les arguments avancés : l'inflation zone euro à 3,0 % en mai, tirée par l'énergie, reste au-dessus de la cible de 2 %, et le processus de désinflation -bien qu'en cours -reste fragile. L'inflation sous-jacente à 2,2 % donne davantage de marges, mais le risque de second tour (effets salariaux) préoccupe plusieurs membres du Conseil.

 
 
 

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