top of page

Synthèse mensuelle - Août 2026

Août 2026 se lit comme deux quinzaines nettement opposées. Lors de la première, Wall Street et les Bourses européennes ont enchaîné les records absolus, portées par une salve de statistiques américaines étonnamment molles -emploi, prix à la consommation, prix à la production -qui a balayé, le temps de quelques séances, la crainte d'une hausse imminente de la Fed. Puis le décor s'est retourné : la réescalade du conflit entre Washington et Téhéran a renvoyé le baril au-dessus de 90 dollars, et Kevin Warsh, à Jackson Hole, a délivré le message clair qui manquait en juillet -l'inflation reste trop haute, une hausse de taux est sur la table. Résultat : les indices bouclent malgré tout le mois sur de solides gains (près de 2,5 % pour le S&P 500, près de 4 % pour le Nasdaq), mais dans un climat de fin de mois nettement plus tendu. Enfin, l'or, grand absent de juillet, s'envole de près de 10 %.

 

La première quinzaine : la fête des records

Le mois s'ouvre sur un paradoxe salutaire pour les marchés. Le rapport sur l'emploi de juillet, publié le 7 août, révèle une contraction de 23 000 postes là où le consensus attendait des créations -la première baisse depuis longtemps —, tandis que le taux de chômage remonte à 4,1 %. Dans la foulée, l'inflation des prix à la consommation de juillet ressort à seulement +0,1 % sur le mois, et les prix à la production déçoivent eux aussi à la baisse. Trois chiffres mous en une semaine, et toute la mécanique s'inverse : les investisseurs concluent que la Fed n'aura pas à relever ses taux dès la rentrée, et que le fameux « atterrissage en douceur » tient toujours la route.

La réaction est spectaculaire. Le S&P 500 franchit pour la première fois de son histoire les 7 700 puis les 7 800 points, signant un record de clôture à 7 799 le 12 août ; le Dow Jones inscrit lui aussi un plus haut absolu. Les probabilités d'une hausse de taux en septembre, un temps proches de 50 %, s'effondrent vers 30 % en milieu de mois. En Europe, même euphorie : l'EURO STOXX 50 clôture au-dessus de 6 560 points le 11 août, un sommet historique en hausse d'environ 13 % depuis le début de l'année, pendant que le DAX dépasse pour la première fois les 26 450 points et que le CAC 40 évolue autour de 8 740. La leçon de cette première quinzaine est aussi un avertissement : ce qui fait grimper les actions -une économie qui ralentit juste assez pour désarmer la banque centrale -est précisément ce qui les rend fragiles au premier retournement du récit.

 

Jackson Hole : Warsh trouve enfin ses mots

Ce retournement est venu de deux directions à la fois. La première porte un nom : Jackson Hole. Le 28 août, pour son premier grand discours en tant que président de la Réserve fédérale, Kevin Warsh a livré une lecture nettement plus dure de l'inflation qu'à sa conférence de presse de juillet. Rappelant que l'indice des prix progresse encore de 3,4 % sur un an et que la mesure préférée de la Fed, le PCE, pointe à 3,7 %, il a martelé que « la priorité prédominante de la Fed doit être les prix » et reconnu qu'il restait « du travail à faire ». La porte à une hausse de taux, close en apparence quinze jours plus tôt, s'est rouverte d'un coup.

Fidèle à lui-même, Warsh a défendu sa doctrine d'ambiguïté assumée -pas de guidance, pas de fonction de réaction pré annoncée -et rembarré ses détracteurs, ceux-là mêmes qui jugeaient sa communication de juillet illisible : « nous ne devons pas entretenir un régime où les acteurs de marché scrutent d'abord la Fed pour décider de leur prochain trade ». Le contraste avec juillet est instructif. Le mois dernier, l'ambiguïté avait provoqué un choc de crédibilité et une envolée des taux longs ; cette fois, en assumant clairement la direction -sinon le calendrier —, il a paradoxalement remis un peu d'ordre. Le marché a repris la main sur les paris : une hausse d'ici décembre est désormais anticipée à plus de 70 %, septembre restant un pile ou face. Le 2 ans est remonté vers 4,34 %, mais le 10 ans a terminé le mois quasi stable, autour de 4,72 % -signe que la prime de terme réclamée en juillet était déjà, pour partie, dans les prix.

 

La tech reprend la main

Deuxième surprise du mois, et miroir exact de juillet : la grande rotation s'est inversée. Là où le compartiment technologique décrochait le mois précédent, il a mené le rebond en août. Le Nasdaq gagne près de 4 % sur le mois, tiré par un net redressement des semi-conducteurs et des poids lourds de l'IA -Nvidia, Micron, Meta, Netflix. La saison de résultats du deuxième trimestre, déjà excellente, avait posé les fondations ; il a suffi d'une bouffée de données clémentes pour que la question lancinante du retour sur investissement de l'IA passe, le temps de quelques semaines, au second plan. L'appétit pour le risque a même débordé jusqu'au bitcoin, qui bondit de 22 % sur une seule semaine, entraînant les valeurs liées aux cryptomonnaies.

Ce come-back technologique a une conséquence directe pour un investisseur européen : sur le seul mois d'août, Wall Street a repris l'avantage sur le Vieux Continent (le S&P 500 progresse d'environ 2,5 %, l'EURO STOXX 50 de 2 %, le STOXX 600 de moins de 1 %). Mais l'épisode de fin de mois rappelle que cette domination reste suspendue à un fil : dès que les taux ou le pétrole bougent, le leadership d'une poignée de méga capitalisations peut se retourner en quelques séances. La concentration reste un pari sur la stabilité des taux longs, pas une protection contre elle.

 

Le pétrole rallume la mèche inflationniste

L'autre source du retournement est géopolitique, et elle prolonge sans relâche le fil tiré depuis juin. Ce qui n'était encore, en juillet, qu'une reprise de frictions entre Washington et Téhéran a viré à l'affrontement ouvert. Fin août, les forces américaines ont frappé des positions iraniennes, notamment sur l'île de Larak dans le détroit d'Ormuz, Téhéran ripostant contre des bases américaines en Jordanie ; l'administration Trump a dévoilé un plan de sanctions mondial visant l'Iran et menacé le terminal pétrolier de Kharg. Sur le terrain, le détroit d'Ormuz est partiellement perturbé, les attaques de tankers se multiplient, et des grèves dans les raffineries russes tendent un peu plus la capacité mondiale de raffinage, propulsant les marges de produits raffinés à des sommets. La réserve stratégique américaine, elle, flirte avec ses minimums opérationnels.

Le résultat se lit dans le baril. Entré dans le mois autour de 87 dollars pour le Brent, replié vers le bas de la fourchette des 80 dollars à la faveur de l'inflation douce de mi-août, il est reparti au-dessus de 90 dollars en fin de mois, le WTI évoluant autour de 85-86 dollars. L'énergie termine sans surprise en tête des secteurs, dopant les majors pétrolières européennes -TotalEnergies, Eni, Shell. Le message de fond est le même qu'en juin : le pétrole n'est plus une variable d'appoint, c'est redevenu un déterminant de premier ordre de la trajectoire d'inflation. C'est précisément ce qui rend la tâche de la Fed plus difficile et qui donne, a posteriori, du corps à la prudence affichée par Warsh.

 

L'or flambe, l'euro tient, la BCE se prépare

C'est peut-être le graphique le plus parlant du mois. L'or, qui n'avait que faiblement progressé en juillet -les rendements réels lui coupant les ailes —, s'envole en août : entré près de 4 000 dollars l'once, il gagne environ 10 % pour approcher 4 400 dollars, le contrat de décembre touchant même un plus haut de trois mois. Sa meilleure performance mensuelle depuis janvier. Trois moteurs se conjuguent : un dollar affaibli en début de mois, une demande de valeur refuge ravivée par la géopolitique, et -plus révélateur -les interrogations sur la crédibilité de la signature américaine, après que le Trésor a doublé ses rachats de dette à 10-30 ans, ravivant les murmures sur la soutenabilité de la dette fédérale et la fragilité du billet vert. Le dollar, justement, a fait le grand écart : faible tant que les données restaient molles, plus ferme après le discours de Warsh. L'euro a navigué autour de 1,16-1,168 dollar pour terminer proche de 1,16.

Côté monétaire européen, la BCE n'a pas siégé en août -sa dernière réunion, le 23 juillet, s'était soldée par un statu quo à 2,25 %. Mais la rentrée s'annonce active : une hausse de 25 points de base à 2,50 % le 10 septembre est désormais anticipée comme quasi certaine (autour de 96 %), et une seconde hausse d'ici décembre est déjà valorisée à quelque 80 %. Les chiffres d'inflation justifient cette fermeté : la France affiche 2,7 % (un plus haut de trois mois), l'Espagne 4,5 %, et l'ensemble de la zone est attendu autour de 3,3 %. Mieux, l'activité résiste -l'indice PMI composite d'août ressort à 52,1, la composante manufacturière atteignant son meilleur niveau depuis plus de quatre ans. Fait rare : la trajectoire de resserrement de la BCE est aujourd'hui plus lisible que celle de la Fed.

 

Ce que août change pour les portefeuilles

Trois enseignements pratiques ressortent de ce mois à double visage. Premièrement, il ne faut ni enterrer la technologie trop vite, ni s'y surexposer : le rallye du début de mois a montré que le leadership des grandes valeurs de croissance peut renaître en un souffle de données clémentes, mais son essoufflement de fin de mois a rappelé avec quelle brutalité il se retourne dès que les taux ou le pétrole reprennent la parole. L'équilibre, encore et toujours, plutôt que le pari concentré.

Deuxièmement, l'énergie et la géopolitique sont devenues un paramètre de premier ordre, pas une toile de fond. Avec un détroit d'Ormuz perturbé et un Brent au-dessus de 90 dollars, l'exposition aux majors pétrolières européennes joue un double rôle -couverture contre l'inflation et source de rendement —, ce qui conforte leur statut de lest dans un portefeuille diversifié.

Enfin, l'envolée de l'or et les tensions autour des rachats de dette américaine disent quelque chose du doute qui s'installe sur la combinaison de politiques budgétaire et monétaire aux États-Unis. De quoi renforcer le rôle de l'or et des actifs réels comme éléments de diversification, et rendre relativement attrayant le bloc euro avec comme principales thématique une trajectoire BCE plus lisible et des rendements de l'OAT et du Bund qui se maintiennent dans le haut de leur fourchette annuelle.

En juillet, nous posions la question : entrons-nous dans une période durable où ce sont l'inflation et les banques centrales, et non plus la seule promesse technologique, qui donnent le tempo ? Août apporte une réponse en deux temps : la tech peut encore électriser les indices sur une bouffée de statistiques favorables, mais dès que le pétrole et une banque centrale reprennent la parole, c'est bien l'inflation qui commande la mesure. La rentrée -FOMC de mi-septembre, hausse vraisemblable de la BCE le 10 -dira lequel de ces deux tempos l'emporte durablement.

Commentaires


    Logo andante invest

    98 rue Jean Jaurès 92300 Levallois Perret © 2025 Andante Invest - Bureau SANS

    bottom of page